C’était une bonne idée ces « skins » d’armes pour CSGO, que les joueurs pourraient récolter au hasard de leurs parties ou acheter pour crâner. Bonne idée aussi de permettre de les échanger entre particuliers, de les convertir en bons d’achat, voire de les vendre. Tellement bonne idée que le système a échappé à tout contrôle.

Puisqu’il est facile de les échanger et de les vendre, ces skins sont devenues une sorte de monnaie qui circulent à travers les API de Steam. Ceux qui se sont rendu compte les premiers de l’aubaine, ce sont les sites de paris en ligne qui ont rapidement utilisé les skins comme des jetons de casinos. En tirant parti de l’OpenID de Steam, et en programmant des bots astucieux qui opèrent les transactions sur le marketplace installé par Valve, ces sites ont permis de miser des skins sur les matchs d’e-sport. Puis, il suffit d’aller encaisser ses gains sur Steam en bons d’achat pour acheter des jeux que l’on pourra revendre, ou utiliser des places de marché online tierces pour récupérer du cash. Un gentil petit business qui d’après une étude citée par Bloomberg aurait permis de brasser en 2015 pour plus de deux milliards de dollars de mises virtuelles. Oui, même si les chiffres sont sujets à caution, on parle de milliards.

Les montants en jeu, ainsi que de sympathiques scandales mettant en évidence les liens étroits entre sites de paris en ligne et équipes d’e-sport (les uns possédant les autres, pourquoi se gêner ?), ont fini par agacer les instances réglementaires américaines. Ainsi, la commission de régulation des jeux d’argent de l’État de Washington a entamé début 2016 des discussions qu’on imagine cordiales et détendues avec Valve. Pure coïncidence, la société de Seattle a soudain décidé fin juillet dernier de mettre fin aux activités d’une vingtaine de comptes Steam liés à des sites de paris en ligne, découvrant alors, certainement après une longue et difficile enquête hautement technologique, que ces sites enfreignaient la licence d’utilisation de ses API.